Poutres fatiguées, toitures usées : prévenir la rupture avant qu’il ne soit trop tard. C’est quan même mieux, non ?
Les charpentes en bois, piliers invisibles de nos habitations, s’usent avec le temps. Une simple infiltration peut transformer une poutre solide en épave friable, comme sur cette photo récente d’une poutre avec signature d’une pourriture cubique liée à des champignons lignivores.
Ici, la poutre est en train de rompre.
Durée de vie d’une charpente en bois
Une charpente traditionnelle bien entretenue dure en moyenne 70 à 100 ans, les fermettes industrielles 50 à 70 ans.
Le choix de la couverture de toiture (tuiles, ardoise, zinc) influence tout : 30-50 ans pour les tuiles canal, jusqu’à 90 ans pour l’ardoise naturelle, 100 ans pour le zinc.
D’autres facteurs clés sont déterminants : essence du bois (résineux plus vulnérables), climat comme en Occitanie, Hérault, Aude, Pyrénées orientales. Ainsi, l’humidité marine à Sète, Perpignan, Narbonne, accélère le vieillissement. Et comme toujours en bâtiment, un entretien régulier tous les 10 ans, améliore la durée de vie des charpentes (vérifications, traitements adaptés).
Rôle destructeur des infiltrations
L’eau stagnante (avec des taux d’humidité supérieurs à20%) active spores et champignons. Ici, nous sommes dans un cas typique de champignons lignivores. Parmi les plus connus, citons la mérule pleurote, le coniophore puteana. En leur présence, le bois perd sa cohésion, formant des cubes brunâtres s’effritant au toucher, contrairement aux attaques d’insectes (trous nets, sciure). Le bois s’effrite, perd sa cohésion, entraine des ruptures de la poutre dans les cas les plus avancés (voir photo).
La présence de tels champignons a également un impact non négligeable coté santé : l’inhalation des spores produites par le champignon peut déclencher des allergies respiratoires, des irritations et, dans certains cas, des infections plus graves.
Infiltrations via tuiles cassées, mousses ou défauts d’étanchéité rongent cellulose et lignine, fragilisant jusqu’à 30% de la section en mois.
En Occitanie, et plus largement en bord de mer, vents salins et pluies intenses multiplient les risques sur charpentes anciennes.
Dans le cas présent, voici le cycle qui s’est profilé
Déformation poutre (une alerte a pu être donnée par observation d’un fléchissement visible en extérieur) Humidité + charge ont créé une déformation des placo en place A l’ouverture de ceux-ci, la rupture de l’outre-charpente est confirmée avec les risques associés (danger pour les biens et les personnes)
Rupture d’outre-charpente : l’urgence vitale
Une poutre maîtresse rompue entraîne effondrement partiel : charges mal reprises, vibrations anormales signalent le risque imminent.
Prévention et actions concrètes
On n’insistera jamais assez, comme pour tout le bâtiment, sur la nécessité et l’intérêt d’un entretien régulier. La plupart des matériaux, comme les humains, ont une durée de vie limitée. Et si ce n’est pas eux, les modes constructifs se fragilisent dans le temps.
Une inspection annuelle par un spécialiste, voilà le bon rythme : vue grenier/comble/accès préservé à la charpente dans l’idéal, odeur moisie, prélèvements mycologiques
Pour une Rénovation durable : penser autres matériaux ou Bois traité classe 3, ventilation sous-toiture ;penser aux subventions MaPrimeRénov’ pour l’Occitanie.
En tant qu’expert en pathologies bâtiment, je plaide pour une vigilance accrue notamment à Sète et pour toutes les villes du pourtour méditerranéen.
